Dans les ruelles chargées d’histoire des Gonaïves, cité emblématique de l’indépendance haïtienne, s’est forgé le parcours singulier de Guyson François. Né dans la localité Modèle, au cœur de la commune de Desdunes, il grandit dans un environnement où mémoire, identité et résilience façonnent les destins. Très tôt, il développe un lien profond avec le savoir, la transmission et l’information, qu’il cultive avec constance, des premières années d’école jusqu’à l’université.
Journaliste depuis plus de vingt ans, Guyson François incarne une voix engagée et constante dans le paysage médiatique haïtien. Diplômé en sciences de l’éducation à l’IPAG et titulaire d’une maîtrise en histoire et patrimoine, il inscrit son travail dans une démarche à la fois pédagogique et mémorielle, où informer rime avec éclairer et préserver. Sa plume se situe à la croisée de l’analyse et de la conscience collective, attentive aux réalités sociales comme aux héritages historiques.
À travers son parcours se dessine le portrait d’un homme profondément attaché à son territoire, à son histoire et à la mission de donner du sens à l’actualité. Dans le monde médiatique, il a marqué sa génération par ses textes, ses prises de position et son engagement en faveur de la vérité. Parallèlement, dans le milieu sportif Gonaïves, il s’est imposé comme une figure active et respectée. Journaliste sportif au sein de plusieurs médias locaux, il a occupé divers postes au sein de l’Association des journalistes sportifs du Haut-Artibonite (AJSHA), jusqu’à en devenir le secrétaire général. Dirigeant du Racing Football Club à plusieurs reprises, il a contribué au rayonnement du sport dans sa communauté, conjuguant passion, leadership et sens du collectif.

Dans un paysage médiatique en constante évolution, certaines voix se distinguent par leur constance, leur rigueur et leur engagement. Guyson François n’est pas en reste, journaliste et enseignant, dont le parcours allie passion pour l’information et amour de la transmission du savoir. À travers cet entretien, il revient sur son itinéraire, son travail, ses défis et sa vision de ses deux amours.
Votre parcours est à la fois journalistique et académique. Qu’est-ce qui a façonné votre choix de devenir journaliste et professeur de lettres ?
R- J’avais un amour particulier pour la communication et le journalisme depuis mon plus jeune âge. En écoutant Frantz Delano Joseph (défunt) et Justin Frantz Altidor, mon envie de devenir journaliste a été stimulée. A l’école, je n’avais pas une aptitude pour les maths, j’avais développé un sentiment pour les lettres et du coup je m‘orientais vers la philosophie et lettres modernes.
Parmi toutes vos expériences, lesquelles considérez-vous comme décisives dans votre carrière ?
R- Exercer le journalisme m’a offert beaucoup d’opportunités. Devenir éducateur/philosophe et enseignant a encore ouvert de nombreuses portes.
Quels obstacles avez-vous rencontrés et quelles leçons en avez-vous tirées ?
R- Les défis sont nombreux. Jeune journaliste évoluant en province (Gonaïves), quand on va à Port-au-Prince, on est marginalisé pensant qu’on n’a pas assez de compétences. J’ai dû travailler beaucoup afin de m’imposer dans le milieu jusqu’à ce que je devienne rédacteur pour le site ASHAPS avant 2020.
Qu’est-ce qui vous passionne le plus : raconter des histoires en tant que journaliste ou transmettre la littérature à vos élèves ?
R- Les deux. J’aime écrire, produire des articles journalistiques et aussi raconter des histoires et anecdotes.
Selon vous, quelles qualités font la différence pour réussir dans le journalisme et dans l’enseignement ?
R- Enseignant ou journaliste, on doit avoir une forte moralité, une probité assez remarquable et surtout un prototype dans votre domaine.
Y a-t-il un article, un reportage ou un projet pédagogique dont vous gardez un souvenir particulier ou une fierté ?
R- En 2017, j’ai écrit un article sur une promesse faite par un ancien sénateur de l’Artibonite aux équipes de première division masculine aux Gonaïves. Le sénateur d’alors a proposé 25 000 gourdes à chaque club pendant 6 mois. Arrivé au 3e mois, aucune action n’a été posée à l’égard des clubs.
J’ai écrit pour dénoncer et rappeler l’engagement du sénateur. Voilà pourquoi j’ai reçu beaucoup de menaces de mort et autres.
Comment vos convictions et valeurs personnelles influencent-elles votre travail au quotidien ?
R- L’éthique professionnelle est mon guide. Chaque institution, chaque collègue de travail témoigne positivement de mon attitude et mon comportement.
Dans un monde en constante évolution, comment voyez-vous l’avenir du journalisme et de l’enseignement des lettres ?
R- Les deux ont un avenir prometteur. Avec la montée vertigineuse des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TICE en éducation), la dispensation des cours et la façon d’informer deviennent plus facile. Les cours peuvent se dispenser de manière synchrone et asynchrone, etc.
Quels conseils pratiques donneriez-vous à un jeune qui rêve de suivre vos pas ?
R- Le métier est régi d’un ensemble de principes. Suivez-les. Servez des expériences des anciens. Ecoutez attentivement les devanciers. Travaillez et soignez davantage votre langage et votre comportement.
En dehors du travail, quelles passions ou routines nourrissent votre créativité et votre énergie ?
R- Sport, lecture, excursion, etc.
Y a-t-il une ou plusieurs personnalités qui vous ont inspiré dans votre parcours ? Et si vous aviez l’opportunité de représenter un jour votre région au plus haut niveau de l’État, choisiriez-vous Desdunes ou Gonaïves ?
R- Mes idoles sont Clarens Renois et Daly Valet (journalistes). Gonaïves et Desdunes sont deux communes du département de l’Artibonite. J’aimerais participer au developpement des deux. Donc< J’aimerais avoir une responsabilité départementale pour éviter toute jalousie. Je suis né a Desdunes et Gonaïves m’a façonné.
Comment décririez-vous vos amis de la « Perfection » et quel rôle jouent-ils dans votre vie personnelle et professionnelle ?
R- La PERFECTION est un groupe socio-professionnel de plus de 15 ans. Nous avons discuté, travaillé et réalisé des projets et activités en commun. Mes amis de La PERFECTION comptent beaucoup pour moi. Je partage avec certains d’entr’eux beaucoup d’expériences personnelles et professionnelles. Mes amis jouent un rôle de motivation extrinsèque pour moi, ils me conseillent quand cela est nécessaire.
À la croisée des chemins entre savoir et engagement, le natif de Desdunes, GF, jeune homme résilient et ambitieux, voix très écoutée dans le département de l’Artibonite continue de tracer sa voie, guidé par la vérité, la transmission du savoir et le sens du devoir. En 2017, son engagement pour l’information a failli lui coûter la vie après la publication de son article intitulé « La promesse mensongère du Sénateur Youry Latortue ». Cet épisode dramatique rappelle à quel point la liberté de la presse et le courage personnel peuvent s’entrelacer dans le parcours d’un journaliste engagé. Entre amour du journalisme et l’enseignement M. François se veut être un phare qui scintille dans la noirceur de l’Haïti d’aujourd’hui ou dire la vérité devient un acte révolutionnaire. Entre temps, le prochain chapitre du grand livre de sa vie est en train d’écrire.