Dans le Bas-Artibonite, la terreur imposée par les gangs atteint un niveau alarmant. À Marchand-Dessalines, une grande partie de la population fuit, les violences se multiplient et les appels à l’aide restent sans réponse. Face à cette tragédie humaine, le silence des autorités résonne comme un abandon, laissant des milliers de citoyens livrés à eux-mêmes.
Deux semaines après le massacre perpétré par le gang de Savien dans la localité de Jean Denis, la situation sécuritaire continue de se dégrader dans le Bas-Artibonite. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées, des maisons incendiées et des familles entières décimées, plongeant la région dans un cycle de violence sans précédent.
Aujourd’hui, c’est la commune de Marchand-Dessalines, voisine de Petite-Rivière de l’Artibonite, qui se retrouve au cœur de cette spirale infernale. Depuis près d’une semaine, les gangs « Gran Grif » et « Kokorat San Ras » imposent leur loi, semant la peur et le chaos dans cette ville historique, autrefois symbole de fierté nationale.
Selon l’ancien parlementaire Serge Jean Louis, la situation humanitaire est critique. Plus de 70 % de la population aurait déjà fui la zone pour échapper aux violences armées. Ceux qui restent vivent dans la peur constante, sans protection ni assistance.
Des témoignages font état de corps abandonnés dans les rues, parfois livrés aux animaux, illustrant l’ampleur du drame.Malgré la gravité de la situation, aucune intervention policière d’envergure n’a été enregistrée jusqu’à présent. La commune semble livrée à elle-même, renforçant le sentiment d’abandon au sein d’une population déjà profondément meurtrie. « Les autorités brillent par leur silence », déplore l’ancien élu, qui dénonce une passivité qu’il juge inacceptable.
Face à cette crise, Serge Jean Louis appelle les responsables étatiques, notamment le chef du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), à assumer pleinement leurs responsabilités afin de rétablir l’ordre et garantir la sécurité des citoyens dans le département de l’Artibonite.Par ailleurs, il plaide pour une réponse politique à la hauteur de la crise, proposant la mise en place d’un gouvernement bicéphale issu de la Cour de cassation.
Selon lui, seule une refondation institutionnelle permettra de sortir le pays de l’impasse actuelle et de créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections crédibles, en vue de renouveler le personnel politique.
En attendant, dans le Bas-Artibonite, la peur continue de dicter le quotidien. Entre exode massif, violences répétées et silence des autorités, une population entière lance un cri de détresse qui, pour l’heure, reste sans écho.