Le 25 mars 2026 restera sans doute une date marquante pour la jeunesse haïtienne. À Paris, sur la scène prestigieuse de La Seine Musicale, une voix venue de Jacmel a su s’imposer face à des milliers de candidats issus de tout l’espace francophone. Cette voix, c’est celle d’Abigaïl Alexandre, 21 ans, désormais lauréate de la neuvième édition du concours d’éloquence Eloquentia International.
Derrière ce titre, il y a bien plus qu’une victoire individuelle. Il y a un parcours, une énergie, une manière d’habiter les mots qui a su toucher, convaincre et émouvoir. Face à plus de 2 400 participants, Abigaïl n’a pas seulement fait preuve de talent : elle a imposé une présence. Une présence calme mais assurée, portée par une parole claire, structurée, profondément sincère.
Tout au long de la compétition, la jeune Jacmélienne a su captiver son auditoire. Là où certains brillent par l’effet, elle a choisi la justesse. Là où d’autres impressionnent par la forme, elle a marqué par le fond. Ses discours, précis et habités, donnaient le sentiment d’être nécessaires comme s’ils répondaient à une attente silencieuse du public.

La finale, particulièrement intense, a réuni des candidats aux profils variés, chacun apportant sa sensibilité et sa vision du monde. L’ambiance oscillait entre tension et admiration. Mais lorsque Abigaïl a pris la parole, quelque chose s’est produit. Un moment suspendu. Une écoute presque palpable. Et au fil de ses mots, une évidence s’est imposée : sa voix portait plus loin.
Ce triomphe dépasse largement les frontières du concours. Il résonne comme une fierté collective pour Haïti, un pays souvent réduit à ses difficultés, mais dont la richesse humaine et culturelle continue de surprendre et d’inspirer. À travers Abigaïl Alexandre, c’est toute une jeunesse qui se révèle créative, engagée, prête à prendre sa place sur la scène internationale.
Il y a aussi, dans cette victoire, un hommage implicite à la langue française. Une langue qui, entre les mains d’orateurs comme Abigaïl, devient un outil puissant de réflexion, d’expression et de transmission. Elle prouve que la parole, lorsqu’elle est habitée, peut franchir toutes les frontières.
Pour beaucoup, ce sacre marque le début de quelque chose. Peut-être l’émergence d’une nouvelle génération d’orateurs haïtiens, désireux de raconter leur réalité, de défendre leurs idées et de faire entendre une voix souvent trop peu écoutée.
En s’imposant à Paris, Abigaïl Alexandre ne gagne pas seulement un concours. Elle ouvre une voie. Et surtout, elle rappelle une chose essentielle : parfois, il suffit d’une voix juste pour faire écho bien au-delà des mots.