Plus d’un an après avoir été chassés de force de leurs maisons par les gangs de la coalition «Viv Ansanm», les habitants du quartier de Solino ont vu, ce samedi 20 décembre, une délégation du pouvoir de transition fouler les ruines de leur communauté. Des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) et le Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, ont effectué une visite de terrain dans cette zone longtemps sous le contrôle des hommes armés dirigés par Jimmy Chérizier, alias « Barbecue ».
La délégation comprenait notamment les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, le chef de la Primature ainsi que le ministre de l’Intérieur. Cette visite intervient plusieurs mois après le retrait des gangs du quartier et s’inscrit dans le cadre du lancement du programme gouvernemental baptisé « Retour au quartier », visant à faciliter le retour des familles déplacées.

Fortement escortée par des unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti (PNH), appuyées par des soldats de l’armée et des véhicules blindés, la délégation a parcouru les rues de Solino afin de constater l’ampleur des dégâts. Maisons incendiées, toitures arrachées, décombres et insalubrité témoignent encore du passage des groupes armés et de l’abandon prolongé de l’État.
« Nous sommes présents sur le terrain et nous constatons que les familles ont besoin de tôles, de bois et d’autres matériaux pour reconstruire leurs maisons », a déclaré le conseiller-président Leslie Voltaire, représentant de Fanmi Lavalas au sein du CPT, promettant un accompagnement matériel en faveur de la reconstruction.
De son côté, le conseiller-président Edgard Leblanc Fils a estimé que cette initiative traduit l’engagement des autorités de transition à créer les conditions nécessaires au retour des habitants dans leur quartier, notamment à travers des actions de nettoyage, de reconstruction et un minimum de sécurité.
Sur le terrain, l’accueil réservé à la délégation a toutefois révélé un climat contrasté. Si les autorités ont été reçues sous les applaudissements d’une partie de la foule, le discours officiel s’est rapidement heurté à la méfiance et à la lassitude de nombreux habitants, encore déplacés pour la plupart. Plusieurs d’entre eux ont exprimé leur scepticisme face à ce qu’ils considèrent comme une visite de façade.

« Nou pa bezwen moun vin fè show off, lakay nou nou bezwen tounen », ont lancé des riverains, visiblement excédés, rappelant que leur priorité reste le retour effectif dans leurs maisons, assorti de garanties réelles en matière de sécurité et de soutien.
Si cette visite marque une volonté affichée de l’État de reprendre pied à Solino, les habitants, eux, attendent bien plus que des promesses et des images. Pour ces familles déplacées depuis plus d’un an, la reconquête de l’autorité ne se mesurera pas à la présence des blindés, mais à la capacité du pouvoir de transition à transformer les paroles en actions concrètes, afin que Solino cesse d’être un symbole d’abandon et redevienne un véritable lieu de vie.