Retour brutal de la realpolitik
Le 3 janvier 2026 restera dans les annales de l’histoire contemporaine comme le jour où l’histoire géopolitique de l’hémisphère occidental a basculé, où les États-Unis ont franchi un nouveau seuil dans l’exercice de leur puissance hémisphérique. Une opération militaire spectaculaire menée par les forces armées des États‑Unis, baptisée Operation Absolute Resolve, a abouti à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores à Caracas et à leur exfiltration vers New York, où ils doivent répondre de plusieurs accusations fédérales devant un tribunal américain. En menant une opération militaire éclair au cœur de Caracas pour enlever le président vénézuélien et son épouse, Washington a non seulement renversé un régime honni, mais aussi ravivé les spectres d’un interventionnisme que l’on croyait relégué aux archives de la guerre froide.
Une opération chirurgicale, un message brutal
À l’aube, des hélicoptères et chasseurs furtifs survolent la capitale vénézuélienne. En moins de vingt minutes, les forces spéciales américaines, appuyées par des drones et des unités cybernétiques, neutralisent les défenses du palais de Miraflores. Nicolás Maduro est capturé sans effusion de sang, exfiltré vers une base en Colombie, puis transféré à New York. L’opération, baptisée Operation Absolute Resolve – clin d’œil glaçant à la sinistre opération Condor des années 1970 – est un succès militaire total. Mais derrière cette démonstration de force, c’est un message politique qui est envoyé : les États-Unis n’attendront plus l’aval du droit international pour agir contre ceux qu’ils considèrent comme des menaces à leur sécurité ou à leurs intérêts stratégiques.
Sur le plan tactique, l’opération a été d’une rare audace : des centaines d’appareils – avions, hélicoptères et drones – ont dominé le ciel vénézuélien, tandis que des commandos d’élite de la Delta Force ont neutralisé les défenses et extrait leur cible en moins de cinq heures. Mais la portée stratégique de ce raid dépasse de loin la finesse technique : elle pose une rupture brutale avec les normes du droit international et redessine les lignes de force dans les Amériques.
L’un des aspects les plus saillants de cette opération est sa dimension économique stratégique. Le président américain Donald Trump a clairement déclaré que les États‑Unis « dirigeraient temporairement le Venezuela » et envisageraient d’exploiter ses immenses réserves pétrolières afin de relancer l’offre mondiale. Cela met au jour une combinaison classique de motifs : contrôle de ressources, influence énergétique et pression sur des rivaux géopolitiques.
Le Venezuela possède les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, un atout stratégique que Washington ne peut ignorer dans un contexte de concurrence accrue avec la Chine, la Russie ou même les pays du Golfe. La Chine a déjà condamné l’opération américaine, la qualifiant de violation du droit international et de menace pour la paix régionale, soulignant que Pékin bénéficie aussi d’intérêts économiques significatifs à Caracas via des investissements et des accords énergétiques.
Le retour assumé de la doctrine Monroe
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump n’a jamais caché sa volonté de réaffirmer la suprématie américaine sur le continent. En qualifiant le Venezuela de « narco-État » et Maduro de « baron de la drogue déguisé en président », il a préparé l’opinion publique à une action unilatérale. L’opération Absolute Resolve n’est pas simplement un coup de force militaire : c’est un signal géopolitique. Elle dit que la doctrine Monroe, vieille de deux siècles, n’est pas morte ; elle se réinvente à coups de drones, de bombardiers et d’extractions nocturnes. Elle dit aussi que les grandes démocraties peuvent redéfinir le droit international en fonction de leurs intérêts – pétroliers, stratégiques, ou tout simplement hégémoniques. L’opération s’inscrit dans une logique de restauration de l’hégémonie américaine sur l’Amérique latine, dans la droite ligne de la doctrine Monroe : « L’Amérique aux Américains », c’est-à-dire aux États-Unis. Ce geste spectaculaire vise aussi à dissuader d’autres régimes autoritaires de s’aligner sur la Chine ou la Russie, dans un contexte de nouvelle guerre froide. Le Venezuela, allié de longue date de Moscou et de Pékin, était devenu un symbole de la résistance à l’ordre occidental. Son effondrement brutal est un avertissement. La capture de Nicolás Maduro sonne comme un retour du Wild West géopolitique, un monde où la puissance prime sur la légalité, et où les frontières deviennent des obstacles à contourner, pas des lignes inviolables.

NYTCREDIT: Doug Mills/The New York Times
Ressources, influence et guerre de l’information
Le Venezuela, avec ses immenses réserves pétrolières, est un joyau stratégique. Depuis des années, les compagnies américaines étaient tenues à l’écart par les nationalisations et les sanctions. L’arrestation de Maduro ouvre la voie à une reconfiguration du secteur énergétique vénézuélien, potentiellement favorable aux intérêts américains. Dans ce nouveau cadre, l’hémisphère occidental est en train de redéfinir sa carte : entre influence américaine affirmée et tentatives de résistance souveraine, l’avenir proche promet d’être turbulent, disputé et profondément incertain.
Mais cette opération est aussi une guerre de l’image. En diffusant des images de Maduro menotté, escorté par des Navy SEALs, Washington cherche à imposer un récit : celui d’un tyran déchu, capturé au nom de la justice internationale. Un storytelling calibré pour les réseaux sociaux, mais qui masque mal les zones d’ombre juridiques et les risques géopolitiques.
Réactions politiques et équilibre des alliances
La réaction des gouvernements latino‑américains a été profondément divisée. Les dirigeants de Cuba, Mexique, Brésil, et de nombreuses autres capitales ont dénoncé l’intervention comme une violation flagrante de la Charte des Nations unies, tandis que quelques voix, notamment d’Argentine, ont salué la chute de Maduro comme une victoire de la liberté.
La Chine a dénoncé une « violation intolérable de la souveraineté d’un État souverain » et a convoqué l’ambassadeur américain à Pékin. La Russie, furieuse, a promis des représailles « asymétriques » et a renforcé sa présence militaire au Nicaragua et à Cuba. L’Union européenne, embarrassée, appelle au respect du droit international tout en saluant la fin d’un régime autoritaire.
Au Venezuela, le gouvernement de facto, désormais dirigé par la vice‑présidente Delcy Rodríguez selon la Cour suprême locale, a condamné l’opération comme un « enlèvement lâche » et une agression militaire étrangère, tout en appelant à l’unité nationale pour faire face à la crise.
Un précédent dangereux pour le XXIᵉ siècle
Sur le plan du droit international, l’opération pose une série de questions sismiques : Un État a‑t‑il le droit d’envoyer ses troupes pour capturer un chef d’État étranger sans mandat onusien ? peut-on capturer un chef d’État en exercice sans déclaration de guerre, sans mandat international, sans procès équitable ? La justice pénale peut‑elle justifier une intervention militaire directe ? Et surtout, quelle norme de gouvernance internationale permet désormais une telle action ? En agissant ainsi, Washington piétine les principes de la souveraineté et du droit international. Des voix tant à l’intérieur des États‑Unis qu’à l’extérieur ont critiqué l’opération comme « illégale et imprudente », affirmant qu’elle pourrait déstabiliser davantage une région déjà fragile et réduire en miettes les régimes qui respectent la souveraineté nationale. Ces critiques reflètent une inquiétude plus large : le déclin du droit international comme barrière aux interventions unilatérales, et l’émergence d’une ère où le plus fort impose sa loi sous couvert de lutte contre le crime ou de restauration démocratique. Ce précédent pourrait être invoqué demain par d’autres puissances pour justifier leurs propres incursions : la Chine à Taïwan, la Russie en Géorgie, la Turquie au Kurdistan.
Ébranler la souveraineté nationale sous couvert de justice
L’administration américaine justifie l’opération par une lutte contre le narcotrafic et le “narco‑terrorisme”, accusant Maduro, son entourage et des réseaux criminels vénézuéliens d’avoir utilisé l’État pour exporter des stupéfiants aux États‑Unis pendant des décennies. Mais ce cadre juridique est singulièrement insuffisant pour expliquer un acte de violence militaire transfrontalier visant à enlever un chef d’État en exercice sans mandat international. L’opération ressemble moins à une application du droit qu’à un acte de souveraineté unilatérale déguisé en action judiciaire.
Ce geste jette une ombre profonde sur l’idée même de souveraineté nationale. La capture d’un président élu (quel que soit le jugement porté sur sa légitimité ou ses méthodes) par une puissance étrangère sur le sol de son propre pays constitue, pour beaucoup, une violence géopolitique sans précédent depuis l’époque coloniale. Déjà des manifestants en Europe dénoncent l’« agression impérialiste » des États‑Unis à Madrid, illustrant l’onde de choc mondiale de l’événement.
Conséquences régionales : instabilité ou transition ?
Le vide laissé par Maduro ouvre une période d’incertitude. Si une junte militaire pro-américaine a été installée à Caracas, la rue gronde. Les partisans du chavisme dénoncent une occupation étrangère. Des guérillas renaissent dans les États frontaliers. Le risque d’une guerre civile larvée est réel. Mais certains y voient aussi une opportunité historique de refonder le Venezuela, de reconstruire ses institutions, de relancer son économie exsangue. Tout dépendra de la capacité des États-Unis à accompagner une transition inclusive – et non à imposer un protectorat pétrolier.
Cette opération, qui met en œuvre l’ensemble des composantes de l’arsenal américain de manière parfaitement coordonnée, démontre une nouvelle fois la grande maîtrise technique et tactique de leurs forces armées pour générer des effets déterminants au profit du pouvoir politique.
– Ce qui reste incertain
Bien que la chronologie de l’opération et le succès tactique qu’elle a représenté semblent relativement établis, un certain nombre de points concernant sa genèse restent en suspens et pourraient avoir des conséquences majeures sur la suite des événements.
Premièrement, Maduro a-t-il négocié lui-même son exfiltration, comme le laissent entendre certains opposants ?
Pris en tenaille entre la pression de Trump et ses engagements vis-à-vis de ses clients au sein du régime, il est possible que le president venezuelien ait jugé que sa meilleure option pour rester en vie était de se livrer aux Américains. Cependant, au vu des circonstances de son arrestation et des déclarations du président Trump, cette hypothèse semble peu probable.
Deuxièmement, d’autres figures du régime ont-elles collaboré avec les Américains, en leur fournissant des renseignements ou en limitant l’intervention de l’armée contre le commando ?
Une telle coopération de la part de cadres du régime, obtenue par corruption directe ou en échange d’une immunité ultérieure, pourrait expliquer la facilité avec laquelle l’ensemble de l’opération s’est déroulée. Si aucun élément public ne permet aujourd’hui d’étayer cette hypothèse, elle faciliterait grandement la suite des opérations pour les forces américaines en servant de base à un processus politique de changement de régime. Enfin, si aucune de ces deux hypothèses ne se vérifie, l’action américaine se serait effectivement déroulée sans aucun soutien intérieur.
L’administration Trump va donc maintenant devoir trouver, au sein du régime, des partenaires prêts à négocier pour convertir ce succès tactique en processus politique.
– Trajectoires possibles
Lors de sa conférence de presse à Mar-a-Lago, le président Trump a annoncé ses plans pour la suite des opérations. Si l’on en croit ses déclarations, une seconde vague plus importante serait prête à être mise en œuvre. Bien que cela n’ait pas été explicité lors de la conférence de presse, le faible volume de troupes débarquables dont disposent les forces américaines dans la région laisse penser que cette seconde vague serait principalement composée de frappes aériennes et d’actions de forces spéciales contre des éléments du régime, plutôt que d’une invasion terrestre, trop risquée en zone urbaine face à une armée nombreuse. L’idée serait alors d’augmenter la pression mise sur les nouveaux dirigeants du régime en faisant planer la menace d’une deuxième vague pour qu’ils acceptent les demandes politiques formulées par l’administration Trump. L’objectif à terme de ces demandes serait la mise en place d’un gouvernement de transition sous tutelle américaine, qui aurait pour mission de réorganiser l’économie du pays au profit des États-Unis, puis d’organiser des élections aboutissant à un nouveau régime pro-américain.
Dans un entretien accordé aujourd’hui, 4 janvier, à CBS, Marco Rubio a détaillé les attentes de Washington à l’égard de Caracas : des changements dans la gestion de l’industrie pétrolière, qui devrait être « gérée dans l’intérêt du peuple », la fin du « trafic de drogue » et des « problèmes liés aux gangs », l’élimination des groupes militants colombiens : les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l’Armée de libération nationale (ELN), ainsi que la fin des rapprochements entre les dirigeants vénézuéliens et le Hezbollah et l’Iran « dans notre propre hémisphère ».
Scénario 1 : le plus favorable à la Maison-Blanche
Dans ce scénario, le régime cède rapidement aux demandes américaines.
Si les lieutenants de Maduro adoptent d’abord une posture martiale et excluent toute coopération, des luttes internes entre modérés et radicaux ouvrent des failles dans le régime. Certains cadres, dont ceux qui auraient participé à l’enlèvement du president, se montrent progressivement ouverts à la négociation.
L’armée et les paramilitaires se trouvent divisés sur la ligne à suivre.
Des mouvements dans la rue finissent par faire basculer la situation.
Sous la direction des États-Unis, une instance de gouvernance transitoire est mise en place, dans un premier temps en dehors du pays, pour travailler sur des réformes institutionnelles et économiques : Le pays est ouvert aux investissements et aux entreprises américaines qui opèrent sur place sous la protection armée de mercenaires afin de se prémunir d’éventuels actes de sabotage ou de représailles de la part de milices issues de l’ancien régime. Donald Trump a lui-même évoqué cette possibilité en faisant référence à la présence des soldats américains « en ce qui concerne le pétrole ».
Si ce scénario se produisait, les États-Unis auraient réussi une opération de changement de régime inédite, en un temps record et sans présence militaire officielle sur le terrain.
Scénario 2 : le plus défavorable
Suite à la disparition de Maduro du jeu politique, ce scénario suppose une réorganisation efficace du régime malgré la pression américaine.
Après la surprise initiale, les jours passent sans qu’aucune avancée majeure ne soit constatée, ni d’un côté ni de l’autre. Les forces vénézuéliennes mènent quelques actions de représailles symboliques, sans chercher à provoquer de pertes réelles du côté américain, afin de ne pas fournir à l’administration Trump un casus belli pour une intervention plus importante.
La force aéronavale américaine continue de mener des frappes et des raids au sol pour éliminer les principaux cadres du régime. Avertis du danger et conscients de leurs modes opératoires, ils se sont cependant dispersés, ce qui rend leur traque plus difficile. Le régime continue de fonctionner, s’appuyant sur des réseaux paramilitaires locaux pour maintenir l’ordre et empêcher tout mouvement populaire.
Avec le temps, le coût de la présence militaire permanente devant les côtes vénézuéliennes et l’émergence d’autres impératifs politiques poussent l’administration Trump à diminuer progressivement les moyens alloués à l’opération. Après un temps de flottement, le régime se réorganise complètement et élit un nouveau dirigeant pour remplacer Maduro.
Dans ce scénario, les difficultés à traduire le succès tactique de la capture de Maduro en un processus politique de changement de régime plongent les États-Unis dans l’impasse, pris entre l’irréalisme d’une invasion terrestre et les limites inhérentes aux frappes et aux opérations spéciales.
Une leçon pour le monde
L’enlèvement de Nicolás Maduro n’est pas un simple fait-divers géopolitique. C’est un acte de rupture, qui révèle une nouvelle ère des relations internationales : celle où les grandes puissances n’hésitent plus à employer la force pour remodeler leur environnement stratégique. Dans ce monde post-multilatéral, la loi du plus fort redevient la norme. Et les États-Unis, en capturant un président étranger sur son propre sol, viennent d’en donner la démonstration la plus brutale depuis l’invasion de l’Irak.