Ces derniers mois, le drapeau haïtien a flotté avec fierté sur plusieurs scènes internationales, porté par une jeunesse talentueuse et ambitieuse. Des visages émergent, des parcours, inspirant, et une question revient avec insistance : qu’est-ce qui valorise le plus en Haïti aujourd’hui : la visibilité ou le mérite ?
D’un côté, des jeunes comme Abigail Alexandre, Jean Gardy Charles illustrent la force du travail intellectuel, de la discipline et de la connaissance. la réussite d’Alexandre repose sur des bases solides, construites loin des projecteurs. Elle s’est distinguée parmi 2400 participants venus du monde entier en prononçant un discours structuré et convaincant sur l’intelligence artificielle, autour du thème : « L’IA creuse-t-elle les inégalités ? », au concours d’art oratoire «Éloquentia» 2026, à Paris.
De l’autre, Ariana Lafont incarne une forme de réussite plus visible, plus immédiate. Grâce à une forte mobilisation et une grande présence médiatique, elle a su capter l’attention et porter les couleurs du pays sur la scène internationale.

Dans un monde dominé par les réseaux sociaux, la visibilité est devenue un levier puissant. Elle permet d’exister rapidement, d’attirer des opportunités et de changer les regards. Beaucoup de jeunes l’ont compris et s’y investissent pleinement. Non pas forcément au détriment de la connaissance, mais parce que la visibilité donne des résultats plus rapides.
Mais peut-on construire une valorisation durable sur la seule visibilité ?
La réponse est non. Car si la visibilité attire, le mérite donne de la profondeur. Sans compétence réelle et sans travail solide, l’attention finit par s’essouffler. À l’inverse, le mérite construit une reconnaissance durable, même s’il met plus de temps à émerger.
Le vrai défi n’est donc pas de choisir entre les deux, mais de les équilibrer : rendre visible le mérite et donner du sens à la visibilité.
Quand le manque de moyens freine l’ambition nationale
Au-delà de ce débat, une réalité plus préoccupante apparaît : le manque de soutien.
L’absence de solidarité se fait parfois cruellement sentir. Certains jeunes, pourtant sélectionnés pour représenter dignement le pays à l’international, se retrouvent bloqués faute de moyens financiers.
Pour la toute première fois, Haïti devait participer au 7e Congrès latino-américain et caribéen des Cultures vivantes communautaires, prévu du 17 au 26 avril 2026 en Colombie. Une occasion importante de faire rayonner la culture haïtienne.
Trois figures du secteur culturel devaient représenter le pays : Victoria Onélien, Magdaline Raphaël et Neno Garbers. Mais entre la sélection et la participation, un obstacle majeur s’est imposé : le manque de financement. Ce constat pose problème. Car représenter un pays ne devrait pas dépendre uniquement des moyens personnels, mais d’un véritable effort collectif.
Des réussites dans l’ombre
Un autre exemple vient renforcer ce constat. Le jeune Haïtien, Jean Gardy Charles a reçu le Peace Award Italy 2026, le 15 avril 2026. Ce prix international prestigieux, également appelé « Signs of Peace Award », est décerné en Italie, au Palazzo Valentini à Rome, à des personnalités et initiatives qui encouragent la non-violence, la diplomatie culturelle et la cohésion sociale.

Un accomplissement majeur, qui aurait dû susciter une fierté nationale et un élan de reconnaissance. Pourtant, ce triomphe reste lui aussi loin des projecteurs. Sur les réseaux sociaux, peu de relais. Du côté des autorités, silence presque total. Pas un message marquant, pas un geste fort pour saluer cette réussite.
Ce contraste interpelle. Comment expliquer que certains exploits mobilisent massivement, tandis que d’autres, tout aussi importants pour l’image du pays, passent presque inaperçus ?
Repenser la valorisation nationale
Une question demeure persistante : où est passée cette solidarité qui a permis de mobiliser autant de ressources pour soutenir Ariana Lafont ? Cet élan, qui a permis d’envoyer des contributions importantes, ne pourrait-il pas aussi aider d’autres jeunes à porter la culture haïtienne à l’international ?
Tous les talents ne deviennent pas viraux. Tous ne sont pas visibles. Pourtant, beaucoup travaillent, créent, innovent et portent l’image du pays avec sérieux. Il ne s’agit pas d’opposer les jeunes entre eux, mais d’élargir notre regard. Valoriser Haïti, ce n’est pas seulement applaudir ceux que l’on voit. C’est aussi soutenir ceux qui avancent dans l’ombre.
Au final, la visibilité valorise vite, mais le mérite valorise longtemps. Et pour Haïti, le véritable enjeu est de faire en sorte que les deux se rencontrent. Car, un pays ne grandit pas seulement grâce à ceux qui brillent, mais grâce à tous ceux qu’il choisit de soutenir.